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23.04.2008
Confessions
Hier, il m'a dit : "cela fait combien de temps que nous sommes ensemble ? Un peu plus de deux ans ? Combien de fois nous sommes-nous disputés en deux ans ?".
Je me suis trouvée dans l'impossibilité de lui répondre avec exactitude. Une fois c'est sûr, peut-être deux.
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Avant de le connaître je n'avais pas compris l'angoisse qui meublait ma vie. Cette peur inconsciente de rater, de faillir, de décevoir. Cette compétition permanente avec moi-même, profondément masquée derrière une apparente facilité de vivre dont j'avais fait ma religion.
A son contact, j'ai appris à vivre - à me vivre - autrement. A ne plus me juger à l'aune du regard des autres. A ne plus rechercher une illusoire perfection dans le geste. A accepter mes failles, mes doutes, ma maladroite humanité. A vivre plus sereinement, y compris mes émotions. A lire les silences, nous qui nous sommes pourtant rencontrés dans les mots.
Il me regarde et il sourit. Ses yeux pétillent et semblent susurrer ces mots que son air détendu et ses gestes minimalistes prétendent ignorer. Il passe près de moi et me serre un instant, en me disant "On est bien là, tous les deux", leitmotive en forme d'euphémisme, cache-sexe pudique d'un coeur qui a trop saigné. Je n'en saurai pas plus mais qu'importe, ses gestes parlent, ses sourires parlent, ses yeux parlent, ses silences parlent. Lentement, calmement, par petites touches de couleur sur une toile qu'il faut retravailler, je lui dis ce qu'il sait et tais ce qui est en trop.
Parfois, je vois vibrer des orages derrière l'écran de ses yeux. Ses corps se tend et ses traits se durcissent. Sans un mot, je sais alors qu'il est en colère. Une colère contenue - c'est à l'abri des regards que le tonnerre gronde. Je lui demande alors ce qui ne va pas et lui prête une oreille attentive. Avec des accès de véhémence mais sans brutalité, il se livre. Il expose ce qui lui pèse et je ne dis rien, j'attends impuissante mais sereine que l'orage passe. Lorsqu'il me regarde en souriant à nouveau, je sais que les trombes d'eau sont passées et que si les nuages sont toujours là, pour un temps il est apaisé.
A d'autres moments c'est un enfant. Il rit, il joue, il se joue de tout, des autres, de lui-même et du temps. Il s'expose, s'exhibe, s'extasie. Caresse le chat, trinque avec les copains, taquine sa fille, démonte un carburateur, prépare une soupe, appelle un lointain ami, déblatère sur un forum, salue le voisin nonagénaire. Il oublie le poids des années et les séquelles de ses anciennes blessures, enfile sa combinaison, son casque et ses gants et attrape tous ceux qu'il peut sur son petit Monster. Alors il ne parle plus que de freinages sur l'angle et de réglages de suspensions. Ou bien il me suit sur la route et prétend, le temps d'une journée de moto, que nous sommes seuls au monde. Dans ces moments-là, je sais que comme le dit la chanson, "on a treize, quatorze ans à nous deux".
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Il y a quelques années, j'avais fini par me croire inapte. Inadaptée. Inachevée d'avoir trop aimé, trop vite, trop fort. Persuadée de mener la danse, je marchais dans l'ombre de mes fantômes.
Il m'a appris qu'il faisait plus chaud de marcher au soleil.
17:06 Publié dans Rêveries | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
Commentaires
:-) :-) :-)
Ecrit par : Régine | 23.04.2008
Autant qu'une confession ton texte est aussi une déclaration d'amour.
J'avoue pouvoir adapter à ma propre vie une bonne partie de ton texte.
J'avoue aussi être encore suffisamment coincé pour ne pas pouvoir écrire et même dire ce genre de chose.
Merci d'avoir déclenché en moi le courage d'écrire ces quelques mots.
:-)
Ecrit par : Serge | 23.04.2008
Ton texte m'a beaucoup ému... Depuis plus d'un an, je réalise que je ne connaissais pas assez ma famille. Tu es une leçon d'amour, de bonheur et de courage pour oser écrire ainsi ce qui te touche de si près. Merci.
Ecrit par : Serge... l'autre | 24.04.2008
jolie lizou.
bisous a vous 2.
Ecrit par : Nebu | 24.04.2008
Ouhla... Je ne pensais pas susciter de telles réactions !
Du courage, Serge, je ne sais pas. Ca me paraît plutôt un manque de pudeur ; j'ai d'ailleurs hésiter à publier ce texte tellement intime.
Mais parfois les émotions sont telles qu'on a du mal à les garder pour soi.
Merci pour vos gentilles pensées.
Ecrit par : Elise | 24.04.2008
pfff, si on peu même plus rentrer bourré avec une créature sans se faire houspiller ... :-))
Ecrit par : sauval | 28.04.2008