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14.12.2007

Impromptu

Ca te prend sans crier gare, ta journée de boulot vient de s'achever, dehors il fait nuit et il fait froid, mais il ne pleut pas. Cela fait quelques jours que tu es frustrée de rester enfermée, que tu regardes la soupape et le basculeur posés "décorativement" sur ton écran de PC et que tu te dis, ça serait bien de mettre ces petites pièces mécaniques en action. Alors voilà, tu envoies bouler les quelques importuns du vendredi soir par e-mail, tu fermes ta session de boulot et tu te trouves un prétexte plus ou moins bidon : les courses de Noël.

Déjà le simple fait de t'apprêter à te changer te remplit d'excitation. Tu enlèves ton jean et tu enfiles ton pantalon de moto hivernal. C'est au tour des grosses chaussettes, puis des bottes. La plaque dorsale est bien dans le blouson, hop, un pull de plus et le blouson par-dessus. Un gros sac à dos, des fois que tu trouves vraiment à faire des courses. Le casque, les gants, les clés, zou direction le garage.
Y'a 7 motos qui attendent. 2 ne sont pas à nous. Le 996 ? un peu voyant (et un peu trop sonore...) pour quelques courses. Le Mostro ? bof. Le 750 SS carbu ? faudrait y régler le ralenti d'abord, ça cale tout le temps. Le 800 SS ? ah ouais mais faut purger l'embrayage, y'a de l'air dans le système. Bon bah il reste la p'tite anglaise, ça ne lui fera pas de mal de faire la citadine après avoir fait sa maline sur le circuit. Et puis ça fera circuler l'huile tout juste vidangée.

Tu démarres la moto, le temps d'enfiler le casque, les gants, et de fermer la porte du garage. Gaffe, y'a de la boue à cause des dernières pluies, c'est pas le moment de se foutre par terre en traversant le jardin.

Et puis tu laisses la moto chauffer doucement, son ronron de bas régimes te réchauffant les tripes et ses pneus version Haagen-Dasz on Ice te collant des sueurs froides à chaque rond-point.

Le parcours n'est pas folichon mais tu t'en fiches, t'es là, t'es bien, t'es au chaud, ça bouge, ça grogne, ça prend les virages comme une danseuse, tu chantonnes une petite valse dans ta tête. Tu laisses derrière toi le flot vaseux des voitures amorphes et tu sens la vie circuler dans tes veines, la main bien soudée à la commande des gaz, le regard alerte et le corps en osmose.

Quelques paquets en sus - et une boîte de canelés, pure gourmandise - tu prends la route inverse.
La brume nocturne, glacée, fait déjà son apparition. Filaments vaporeux enluminés par le feu de ta moto, écharpes d'hiver pour nuit indécise. Gèlera-t-il avant l'aube ?

Ton trajet est une coupure, une césure dans un temps rédigé par les contingences du quotidien. Lyrique, tu écris la route, t'inscris en trajectoire, gomme l'asphalte, lis les virages. Symphonie péri-urbaine en goudron majeur. L'orchestre a trois cylindres et ton public intérieur applaudit. Mais voici déjà le profil de ta maison. Il est temps de redescendre sur terre.

Devant la cheminée, tu te changes et tu te dis : je recommencerai demain.

19:55 Publié dans Rêveries | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Moto

Commentaires

Merci Elise, ça donne envie après 7 jours sans moto (je n'étais pas habitué...).

Nota : si tu avais eu dans ton garage des beumeu à la place des italiennes, tu n'aurais eu que des motos dispo et du choix au lieu de ta seule anglaise :)

Ecrit par : Serge | 15.12.2007

Gnagnagna :-p

Et puis il y en avait au moins 2 en parfait état de marche, des italiennes. J'avais juste pas envie de rouler avec.

Ecrit par : Lizou | 16.12.2007

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