« Pub "La ville des cascadeurs" | Page d'accueil | Petit exil ariégois »
13.09.2007
Horizons
Il y a des jours, de plus en plus nombreux, où j'aspire à une autre vie.
Non pas que je sois malheureuse au quotidien ; d'ailleurs quand on me demande si "ça va ?", c'est en toute honnêteté que je réponds un "oui, très bien" qu'on prend certainement, et tant pis, pour une réponse formelle et vide de contenu.
C'est plutôt à ma vie professionnelle que je pense, et à son impact sur le reste. Je devrais sans doute, à (presque) 33 ans, m'enthousiasmer à chaque occasion de voyage, me réjouir à chaque nuit d'hôtel dépaysante, arpenter les couloirs de lointains bureaux du pas sûr de la jeune cadre dynamique pleine d'ambition. Ce n'est pas que je n'ai pas d'ambition, d'ailleurs. Mais je crois que je suis d'un naturel trop pacifique, trop oisif, trop évasif, pour livrer les combats auxquels l'aspiration à l'élévation dans l'échelle hiérarchique fait inévitablement face.
Alors quand on m'envoie en Autriche, en Allemagne ou à Monaco*, eh bien oui, ça m'emmerde. Et pourtant on ne peut pas dire que ça se fasse trop souvent. Mais les voyages, je veux les faire à mon gré. Pas pour aller m'enfermer des journées entières dans d'interminables réunions à l'issue desquelles il est de bon ton de se sentir remotivé et disposé à un découdre avec des montagnes de projets. Et je ne vous parle pas de l'annuelle journée "outdoor", ce pathétique exercice de notre condition d'être social, où nous nous auto-flagellons pour ne pas étrangler tel ou telle collègue et où nous enfilons, d'un coupable et commun accord, tacite, un masque d’affabilité parce qu'il faut bien qu'au final on bosse ensemble pour la faire tourner, cette putain de boîte.
J’aime bien mon métier. C’est créatif, j’ai beaucoup d’autonomie et j’ai en outre la chance rare de pouvoir bosser de chez moi. De quoi je me plains, me dira-t-on. Je ne me plains pas vraiment en fait. J’ai juste envie d’autre chose.
Là par exemple, tout à l’heure, je suis sortie accrocher du linge dans le jardin. Rien de plus trivial, semble-t-il, que de pendre quelques pantalons et t-shirt à une corde avec des pinces à linge. Eh bien pour moi, c’est un petit moment de bonheur tout simple et sans fioritures. Il fait beau, l’air est doux, ça sent bon la lessive, les oiseaux cui-cuitent et le chat joue avec un lézard malchanceux. Là, dans ce court instant de vie ménagère, je pense à ce projet un peu fou, pour demain ou après-demain, enfin pour un jour quoi, de partir s’installer dans un coin paumé plein de beaux virolos et ouvrir un gîte motard. Plus de journées passées devant un écran, plus de réunions aseptisées, plus de maquettes criardes pour une industrie débile. Bien sûr, en contrepartie, des chambres à nettoyer, des plats à cuisiner en quantité, des calendriers à gérer et une grande maison à tenir et entretenir. Des jours de pluie où il faut sortir quand même, des jours de beau temps à regarder les autres tailler la route, des jours à regretter ne pas être confortablement installé devant un écran.
Mais au moins, s’échapper de cet abrutissement corporate qui fait qu’on ne voit plus les années passer et qu’on se réveille un jour en se disant : putain, j’ai bientôt 33 ans. Qu’est-ce que j’ai construit ?
*bon j’admets, pour Monaco ça me fait moins chier parce que ça me donne une occasion de revoir des – vrais – potes et parfois aussi la famille…
12:46 Publié dans Rêveries | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Commentaires
Bonsoir,
Le hasard du net... et hop !
Construire quoi... les ruines de demain ?
La vie n'est pas une construction elle est improvisation permanente où se mêlent parts maudites et moments heureux. Et si l’on devait faire un bilan ce serait plutôt de mettre ces deux états sur la balance et de regarder…
Vouloir et créer les conditions du bonheur en limitant autant que faire se peut les parties sombres voilà une obsession dont nous devrions tous souffrir…
Le reste n'est qu'action avec un zest de chance et certaines dispositions imaginatives...
Arvella
Ecrit par : Arella | 03.10.2007
Construire quoi ? Peu importe : construire, plutôt que bêtement produire.
Ce qui compte, ce n'est pas tant ce qu'il en restera demain, mais ce que l'on y aura vécu aujourd'hui. Des copains qui se retrouvent sous un même toit, des éclats de rire, des cartes dépliées pour rêver la route de demain, des sourires aux retours de balades, des coups de main à l'atelier, et le sentiment d'avoir échappé, pour un temps, à l'ordinaire.
Je ne suis pas d'accord avec vous quand vous dites que la vie est une improvisation permanente. Si c'était le cas, il y a longtemps que nous aurions disparu, faute de pouvoir faire des projets. L'existence est projective. Ensuite, il faut pouvoir s'adapter aux imprévus. Il peut être nécessaire, voire même indispensable, d'improviser. Mais il est également possible d'appliquer des recettes qui ont fait leur preuve. C'est à cela que sert l'expérience.
Je ne cours pas après le bonheur à tout prix. Je me contenterai de m'être donné les moyens de mes ambitions, d'avoir concrétisé mes rêves, d'avoir au moins essayé. Je pense que la vie, dans le sens cosmique du terme, n'a aucun sens, aucune finalité. C'est un hasard, une coïncidence. Et c'est gratuit. Alors je l'accepte et je m'amuse avec - dans le respect des autres quand même, je ne suis pas du genre à casser les jouets de mes voisins. Ce qu'on fait dans l'existence ne servira sans doute à rien, sur le long terme, puisque nous sommes voués à l'extinction. Mais que cela ne nous empêche pas de construire, de satisfaire nos rêves de bâtisseurs - de même que l'inexorabilité de la marée montante n'empêche pas l'enfant de bâtir son château de sable...
Ecrit par : Elise | 03.10.2007
Compris... et voilà pourquoi je n'ai jamais construit, produit... de château de sable (ou autre...).
Bonne (grande)marée ...
Arvella' coefficient 120
Ecrit par : Arvella | 04.10.2007